Mon Mas du Clos à moi ...

C'est bien simple, je sais même pas par où commencer : y a tellement de choses à raconter, il s'est passé tellement de bons moments que j'ai l'impression que jamais je ne pourrai rendre sur papier la magie de ce week-end au Mas du Clos.

Ca a commencé par un long trajet entre Cannes et Aubusson. Parti à 12h30 du taf, et après les contretemps habituels ("putain, mais ou elle est, la clef de 22 ?") nous faisons route vers le nord, ma copine, sa 106, ma 600, ma remorque, ma clef de 22 - fraîchement retrouvée - et moi.

Au niveau de Aix-en-Provence, petit incident : je vois dans le rétro un gros truc qui s'envole de ma 600. Etant du cote supérieur des 100 km/h sur autoroute, il nous est totalement impossible de nous arrêter, et le diagnostic tombe lors du prochain arrêt sur une aire : j'ai paumé ma selle !
Petit coup de fil à Xavier, mon mécano bénévole et volontaire, chez qui nous devons dîner le soir pour lui demander qu'il trouve une solution d'ici-notre arrivée.
A 19h30, nous débarquons chez lui et il en a trouvé une : une belle plaque de mousse bleue. Bleue de chez bleu. Merci Xavier, nul doute que ce sera tràs beau sur ma moto rouge !
La mousse fait dans les 5 cm d'épaisseur et gêne notablement les changements de position sur la selle : c'est la mort dans l'âme (et le sourire aux lèvres :) que je décide d'abandonner cette solution pour quelques bouts de scotch ... noir. :)
L'assise est éminemment plus ferme, mais je bénéficie d'un certain rembourrage naturel qui me permet de ne pas m'attarder sur ces sombres détails de confort.
Et puis après tout, est-ce que je vais au Mas du Clos pour faire de la piste confortablement ou pour tous les pourrir ? :)

L'épisode de la selle ralentit quelque peu notre progression vers Aubusson ou nous débarquons vers les 1h30 du matin. Les plans très clairs nous indiquent sans coup férir les hôtels, mais en fait, ils s'avèrent completement inutiles : pour les trouver, il suffit de chercher la Ducate. Le tableau est magique : dans les petites rues désertes, les trottoirs sont remplis de belles rouges, on me montrerait cela en photo que je dirais "elle est truquée".

Nous garons la voiture et la remorque sur le parking qui nous est réservé (facon VIP) et je ne peux m'empêcher de jeter des yeux d'enfant ebahi sur les machines alentours.
La 926 de Kali, la 944 de Lud, toutes ces machines mythiques dont on entend parler sur La Liste, elles sont toutes là !

A l'hôtel, nous partageons la chambre avec FF et Arno, les Gentils Organisateurs de ce trackday, qui nous brieffent un peu sur le BBQ que l'on a loupé : le MDC, c'est ça : tu loupes un moment et hop, tu as loupé 26000 anecdotes !

Ayant absorbé une bonne dose de café pour tenir le coup en voiture, je ne trouve le sommeil que vers les 3 heures :( Une bonne grosse nuit de sommeil, rien de tel pour se préparer à une journée de circuit !

Vendredi, 7h20, j'anticipe de 10 minutes la sonnerie du réveil. Comme toujours avant une journée circuit, l'adrénaline qui pompe dans mes veines me réveille sans aucune aide extérieure.
Par politesse envers mes 3 coéquipiers de chambre, j'attends l'heure en regardant la fenêtre. Tiens, c'est marrant, on dirait que quelqu'un prend des photos! A moins que ... J'ouvre la fenêtre, et effectivement, il pleut la mer et les poissons. Chier !

Le petit déjeuner me permet de faire la rencontre de plein de gens que je ne connaissais que de nom, et à 9h30, comme par le miracle de l'union de 40 prières ducatistes, le soleil s'annonce.
Nous partons pour le circuit.

La matinée se passe plutôt bien, malgré quelques caprices électriques de ma 600. J'apprends doucement le circuit et tourne dans les 1'51. Je cherche mes repères pour commencer à freiner, à tourner, changer mes vitesses. La démultiplication de 14x38 s'avère BEAUCOUP trop courte et je dois couper les gaz dans la ligne droite pour ne pas entrer en zone rouge. Après le repas, et un changement opportun du pignon qui passe en version 15 dents, les séries reprennent et je montre à quelques volontaires ce que je crois être une trajectoire "plus sûre". Le circuit n'est pas trop technique (tous les virages sont bien relevés, aucun ne resserre), sa seule difficulté - à mon sens - réside dans le fait que certains virages sont aveugles et interdisent en cela toute improvisation. J'explique et montre une trajectoire toute simple : surtout ne pas se hâter dans le virage, retarder au maximum le moment où l'on va plonger, pour finalement passer juste à côté des cônes qui indiquent la sortie du virage.
Les élèves acquièrent très vite cette technique toute simple qui permettra de ne pas se retrouver avec des gens sur toutes les trajectoires en entrée de virage. Grace à mon nouveau braquet, les temps descendent comme par enchantement dans les 1'45.

Devant l'insistance d'Abel, j'essaie sa TL1000S débridée. Ca pousse, ça bouge, ça pousse, ça déleste, ça guidonne. Je m'arrête le tour d'après pour régler cette putain de partie cycle, et je trouve un réglage qui va mieux en vissant au maximum tous les clics de réglage d'hydraulique.
Malgre cela, la bécane est toujours molle et floue, et ce phénomène est accentué par le moteur qui regorge de watts.
Ce moteur pousse, sans sensations. Comment fait-il ? Sur les bosses dans la ligne droite de derrière le circuit, la moto amorce à chaque tour des débuts de guidonnage. Ca me rappelle une légende sur cette moto que je ne veux absolument pas vérifier ! Reprends ton joujou, Abel, elle est soit trop puissante, soit trop mal réglée pour moi. Je veux bien la ré-essayer, mais quand tu auras changé ton huile de fourche, quand tu auras un amorto arrière potable et un amorto de direction reconditionné !

Vers les 16h, de lourds nuages couvrent l'horizon, et tous les participants comprennent bien qu'on va se prendre une belle saucée.
C'est alors l'agitation, comme autour d'une fourmilière que l'on arrose en pissant joyeusement. Tous les gens rentrent leurs affaires à la hâte,essaient de protéger des cieux grondeurs leurs moindres outils, combies ou autres. Ca laisse entrevoir à quel point le motard est démuni face à la pluie ! La mer et les poissons du matin reviennent pour une visite du soir et la journée circuit s'achève sur cette déception : il ne sera plus possible de tourner aujourd'hui !

La soirée est encore une preuve, s'il en faut, de la bonne foi Ducatiste et c'est dans une chaude ambiance de camaraderie que l'on teste la specialité locale : la fondue creusoise, des frites trempées dans du camembert fondu. "Infect" aux dires de ceux qui ont voulu tenter l'expérience. Pour ma part, je l'ai jouée "valeur sûre" avec une pizza, et je ne le regrette pas !

Le lendemain, c'est déjà l'heure des premiers départs pour certains et ceux qui restent retournent au circuit pour un bonus-extra-ball-same-players-shoot-again.

Le temps est clair, le soleil chaud, VOILA une vraie journée circuit !

Je m'élance pour les premiers tours de piste et constate que décidement, rien ne vaut l'entraînement pour arriver à faire des bons temps.
Je descends les chronos dans les 1'42, et c'est un vrai plaisir que de voir ma petite 600 qui arrive à coller aux culs de bécanes bien plus puissantes, que ce soit à l'accéleration ou en vitesse (je ne donnerai pas de nom pour ne fâcher personne :)

Le circuit commence par un virage à droite en montée qui se prend à fond sur le rapport maximum. Sur l'angle, il faut tomber 2, voire 3 rapports alors que l'on a le genou droit qui glisse par terre. Un peu avant le sommet du virage (qui est aussi le sommet de la côte), il faut faire plonger la moto vers le point de corde, et l'on peut remettre les gaz. Une descente suit, ou plutot une falaise ! La pente est à plus de 12%, et c'est énorrrme.
Les motos puissantes délestent la roue avant très facilement à cet endroit (et font bon usage de leur amortisseur de direction car le revetement est bosselé). Je vous rassure, ma 600 reste désespérément collée au pave :( Puis le circuit continue pour un loooong S gauche-droite-gauche qui se prend sans rien couper avec la 600. C'est ici que je rattrape plein de gens qui ont "trop" de dadas et qui sont forcés de couper ! Un long virage à droite suit, qui marque le debut de la partie "lente" et que l'on peut prendre soit à la conventionnelle (Sam) soit à la parabolique (Kali). Les deux approches semblent donner le meme resultat à la sortie.
Je tombe 2 rapports en entrée de cette courbe et je n'ai toujours pas touché aux freins depuis le départ. Le virage suivant est un gauche en descente et il faut faire preuve de delicatesse pour ne pas bloquer l'avant qui est completement compressé par les forces combinées du virage et du freinage. Une petite cote (dans laquelle ma 600 accelere presque aussi bien que toutes les autres motos) precede un virage à droite qui est plutôt complexe parce qu'il faut suffisament l'anticiper pour bien se trouver dans le virage suivant, qui est un gauche facon "pif-paf", et qui ressemble, dans la philosophie, au Corkscrew de Laguna Seca. On passe sous le pont sur lequel les photographes mitraillent et on enchaîne avec un virage à droite qui est déterminant car il canalise la vitesse que l'on va avoir pour le petit bout de ligne droite sous les sapins.
Au bout de ce bout droit, on applique ou pas un petit peu de frein (perso, j'applique !), et on doit monter un rapport car le prochain droite-gauche est en descente et il est très dur de passer le rapport entre les 2.
Le gauche est un peu bosselé sur la trajectoire, mais apparament il ne pose pas de problèmes pour nos pneumatiques qui ne nous dévient pas de la trajectoire.
Puis c'est la descente en ligne droite vers les stands et on a bouclé un tour quand on ré-attaque la montée. Circuit très agreable !

L'expérience grandissante que j'acquiers au fil des tours me permettra de faire un meilleur chrono de 1'39, au guidon de ma 600. Peut-être est-ce la stabilité accrue donnée par la mousse SAFOM qui stabilise mon essence dans mon reservoir, ou bien les nouveaux réglages de suspension que j'essaie (plus de précontrainte à l'arrière), ou bien le poids gagné en enlevant la pompe a essence :), toujours est-il que ma 600 tourne comme une horloge et que j'en suis VRAIMENT satisfait.

Pierre m'invite à essayer sa 916, et c'est un vrai plaisir que d'accepter car je n'ai jamais pu en essayer une sur circuit. Je monte sur sa 916. Je suis à la maison. D'ailleurs, elle est rouge comme la mienne. Mon expérience avec ma propre 748 me permet de m'accoutumer tres vite avec l'engin. Le moteur, sans surprise, est bien plus coupleux que celui de ma 748, mais il coupe trop tôt ! 10000 tours et c'est déjà l'heure d'aller au dodo alors que l'on aimerait encore faire joujou. La partie cycle est rigide comme il faut, franchement j'adore.
Seul petit hic à mon goût, le moteur que j'ai trouvé trop linéaire (toujours par rapport à mon 748, qui est plus fun entre 6000 et 11000) et qui coupe trop tôt. Le couple supplémentaire doit certainement être un atout sur route, pour "crouser", mais sur un circuit comme le Mas du Clos, et entre des mains amateurs comme les miennes, je doute que la 916 soit plus rapide que la 748. Je serais meme tenté de dire "au contraire", mais n'empêche que j'ai bien pris mon pied au guidon. Merci Pierre !

Je monte sur Bonnie, la 944 de Lud, et ce n'est pas la même histoire. Fini les terrains connus. Le moteur est impressionnant de couple, le freinage est impressionnant de puissance, d'ailleurs je crois que c'est le qualificatif le plus approprié : impressionnant ! Je laisse cet engin pour des pilotes plus experts que moi, car franchement, je vois que je n'ai pas le niveau.
Quand tu conduis, tu sens que toute erreur de la main droite peut être couteuse : trop de pression au freinage, et hop, un low-side, trop de gaz en sortie, et hop, un high-side !
Excusez-moi d'exister, madame la moto, je retourne jouer au (bac à ) sable. Imprévisible me vient aussi à l'esprit.
En tout cas, merci aussi, Lud.

13 heures sonnent à ma montre, et c'est déjà l'heure d'arrêter. Dommage, je m'amusais bien !

Tout le monde traînaille pour ranger ses affaires : visiblement le coeur n'y est pas pour la separation !

J'apprends par Kali que ma moto a 5 vitesses, alors que je lui soutenais mordicus qu'elle en avait 6. Après vérification, je suis une brêle, elle en a 5 ! Marrant comme ce détail peut être d'une importance quasi-nulle alors que des générations de voitures se sont vendues grace à cela !
Faut dire que mes repères de vitesse sont "relatifs" et non "absolus" : pour un virage, je me dis "il faut tomber x rapports" et non pas "il faut être en x ieme vitesse"...

Vers 15 heures 30, nous arrivons à trouver assez d'énergie pour dire "au-revoir" et c'est reparti pour 11 heures de voiture, en direction du sud. Petite différence, ce coup-ci ma selle est scotchée ferme et pas question de la perdre !

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Sam