Jeudi, 12 h : je rentre déjeuner avec ma petite famille qui va vivre sa vie dans le Jura ce week-end. Les femmes parties, je fonce chez Chris (un
fabuleux petit bouclard guzzo-ducatiste que certains connaissent, rue
Masséna à Lyon, pub gratuite, c'est à voir absolument) pour refaire le plein
du liquide d'embrayoir (petite fouite bien connue) et à 15 h 30 c'est parti
pour l'aventure. De Lyon je prends des départementales viroleuses
archi-connues pendant 80 km, jusqu'à Feurs. Là, comme j'ai envie d'arriver
tôt j'emmanche l'autoroute vers Clermont. Cette autoroute est assez sympa,
ce qui veut dire que prendre certaines de ses courbes à 180 est déjà un peu
sportif. Mais rien à ce que je connaîtrai demain, évidemment. Dans une
décente assez forte et à 2 voies seulement, limitée à 110 par sécurité mais
que je prends "à mon rythme" car il y a peu de camion set bagnoles F L A
S H !!!!. Merde, je regarde le compteur, 185 pour 110 ça fait +75 , je suis
mûr pour être le premier "gayssot-délinquant" du coin. Je rumine de sombres
pensées : vont-ils me retirer le permis sur le champ ? l'amende c'est 5 ou
10.000 boules ?) et j'arrive au péage 20 bornes après. Je me glisse
discrètement sur une des cabines le plus à gauche, je paie rapidos en voyant
un beau fourgon bleu entouré de gens et de voitures et je commence à
repartir. Un coup d'oeil sur le côté me montre des bleus bien occupé avec 4
bagnoles, l'un d'entre eux me fixe avec l'air de vouloir dire : "on t'a vu,
on sait que c'est toi, t'as de la chance qu'on soit à la bourre mais ne tire
pas trop sur la corde, même si t'as une belle moto qui incite à
l'indulgence". La télépathie fonctionne, je redémarre bien pépère ... O U F
!
La traversée de Clermont sous le cagnard et au milieu des bagnoles est bien
pénible : le cuir tout noir avec le casque tout rouge assorti à la moto
c'est bien pour le look, mais ca tient plus chaud qu'une Dainese de kéké
blanche avec des zébrures fluo.
Au sortir de Clermont démarre la D941 vers Aubusson : et ca attaque fort,
tout en épingles pour monter vers le Puy de Dôme, un régal car heureusement
il y a 2 voies pour oublier les chicanes mobiles. Le reste de la route
tourne un peu moins mais reste bien sympa pour une Duc. Comme en plus il y a
une petite averse pour le rafraîchir dès que j'ai un peu chaud tout va bien.
Jeudi, 18 h : en descendant une petite rue d'Aubusson j'aperçois des motos alignées sur le trottoir, et derrière une bande de tarmos devant des mousses. On y est. Installation dans la piaule, douche, fringues civilisées, je redescend pour boire une mousse. Je découvre Geoff et Tamara les amis de Jihem, très sympas. On va ensuite se remplir la panse dans la salle polyvalent où les tarmos locaux nous ont organisé un repas froid tip-top, prouvant ainsi que même les kékés en 1100 GSXR 135 ch qui font des burns sur le trottoir devant le bistrot (authentique, on ne savait plus où se mettre) peuvent avoir de bons côtés. Ce repas chips - charcuterie- fromage -gâteau local qui permet à Jihem d'étendre sa culture et de découvrir la rillette : il en regrette son poulet belge ! Ensuite, retour à l'hôtel, viande dans le torchon et gros dodo.
Vendredi, 8h 30 : la pluie s'arrête et le ciel s'éclaircit. On y va !!! On saute sur les motos et cap sur le MDC. On y est accueille par Jean-Yves, le voisin des Bardinon et contact de Jihem, qui me décrira un peu le personnage : un "haut dignitaire de l'église", qui discutait avec le pape comme moi avec le koteuleu, qui a fait le diplomate pontifical en Bosnie avant de tout envoyer balader pour vivre avec femme et fille. Il nous accueille en santiag et stetson, campé à côté de sa Buick. Un vrai personnage de roman, je vous dis. Jean-Yves nous explique que la piste va sécher mais qu'il faut que le tracteur brosse les feuilles avant qu'on puisse tourner; Du coup on part visiter la collection Ferrari du maître des lieux. Fabuleux : la barquette 375 MM qui a gagné Le Mans en 54, la 312 de 1972 qui a gagné 3 GP de F1 aux mains de Jacky Ickx, une P4, une F50, les aficionados apprécieront !
Vendredi, 11 h : la piste est prête et sèche, le soleil brille et tout le monde est dans les stands et se prépare à tourner : on démonte les rétros, on scotche tout ce qui peut casser, on dégonfle les pneus (1,8 AV et 2,0 AR, pas plus), on vérifie les niveaux. Les expérimentés testent la piste et valident les trajectoires matérialisées par 2 cônes : un vert en entrée de courbe, un jaune au point de corde. Super pour les poireaux qui n'ont pas à se poser de questions. Ils découvrent à leur tour la piste derrière les pros et semi-pros, et tout ce petit monde tourne gentiment.
Vendredi, 14 h : après une rapide pause repas, on y retourne pas séries de 20 mn, ce qui est largement suffisant car après 12 tours on est vannés : les avant-bras sont tétanisés par les freinages appuyés, les cuisses durcies par les appuis et déhanchement (on ne pose les fesses que sur 2 courts passages), on perd un litre de sueur au point que dans le passage sous les sapins j'en avais de la buée sur l'écran du casque. Ca fait du bien de se poser, de reprendre son souffle en buvant un coup, de regarder ceux qui passent, de donner un coup de main à ceux qui mécaniquent ... ça fait plaisir aussi d'en pourrir quelques uns !
Vendredi, 16 h : Un orage d'apocalypse s'abat sur le circuit. On s'abrite dans la salle de briefing puis voyant que ça ne passera pas on rentre aux hôtels se changer, puis après quelques mousses on envahit difficilement une pizzeria. On en ressort à 23 h, hôtel et dodo.
Samedi, 7 h 30 : le temps est incomparablement meilleur que la veille, et le moral des troupes au beau fixe ! Un rapide petit déjeuner et on se retrouve à nouveau dans les stands de ce magnifique circuit. La journée de la veille m'ayant donné confiance en moi, et montré que je pouvais me faire vraiment plaisir sans pousser le bouchon trop loin, je renonce aujourd'hui à démonter les rétros et à scotcher tout ce qui est fragile. Confiance !
Samedi, 9 h : l'ambulance est arrivée, les commissaires sont en place, on peut y aller ! Dès la fin du premier tour les automatismes sont revenus et j'ai l'impression d'avoir toujours connu ce circuit. Allez, je vous en fais faire le tour, sans caméra embarquée malheureusement :
Aussitôt passé la ligne droite des stands, en 6ème à 210, le casque dans la bulle, les coudes repliés, le panneau "100" me saute à la figure : je jaillis de derrière le carénage, saisit le frein et tire à fond, puis je balance la moto à droite. Bien déhanché (seule la fesse gauche est encore en selle), l'avant-bras gauche se pose contre le réservoir formé pour cela, le mollet gauche est appuyé contre le cadre, je sens parfaitement la moto et je resserre peu à peu le virage pour l'emmener vers le point de corde. Juste avant je remets gaz, ça m'emmène à l'extérieur près des rails en même temps que j'attaque la descente.
La pente ne paraît pas très forte, mais dans le creux je sens la compression qui m'écrase sur le réservoir que mon casque cogne presque. Toujours à fond pour le gauche qui suit la descente, je soulage pour le droite et balance tout dans le gauche du Lac. Freinage de trappeur avant le virage du Musée, une large épingle à droite.
Réaccélération en sortie mais pas trop car cela descend et on arrive très vite sur l'épingle suivante, très serrée et à gauche. J'y rentre en 1ère, passe la 2 en sortie de courbe et arrive limite du rupteur au bout de la très courte partie droite : ça me fait plaisir et prouve que je suis plus rapide qu'hier, car je commençais à freiner alors que le moteur avait tout juste passé 9000 tours alors q'aujourd'hui je touche les 10.500 tours.
On arrive ensuite dans le très technique, avec le droite du restaurant, où ça devient très sinueux. C'est là où la 250 CR de Cyril enrhumait tout le monde …. Je passe les S du pont en première à mi-régime, je monte la seconde juste avant la sortie puis GAAAAZZZ et 3ème dans la ligne droite sous les pins. Je lèche à peine les freins pour le droite en descente, complètement aveugle, puis je plonge dans le gauche qui commande la ligne droite. Avec le dévers je dois me battre pour prendre la corde, et remettre les gaz juste le cône avant pour sortir le plus à fond possible à l'extérieur. On tire les régimes à fond, 4ème, 5ème, 6ème et je passe la ligne. Quel bonheur ce circuit !
Quelques tours plus tard, à la fin du grand S du Châlet, un vrombissement aigu : c'est Cyril sur son CR. Il attaque le sinueux avec un angle incroyable, le pied intérieur sorti loin en avant, tout contre-braqué, c'est hallucinant. J'essaie de faire quelque chose pendant 2 virages mais renonce très vite à suivre cet OVNI..
Deux tours après c'est Kali qui me passe. Il se retourne, me fait un premier signe que je ne comprends pas puis m'invite à le suivre à bon rythme. Quel pied : j'ai plus appris en un tour derrière lui qu'en une demi-journée à essayer mes trucs tout seul !
Samedi, 11 h : retour au stand, Kali s'approche et me dit "Je t'ai fais signe d'y aller mollo parce que ton genou était à moins d'1 cm du sol, et comme tu n'as pas de sliders si tu le poses ton cuir risque d'accrocher un peu, fais gaffe. Pour la prochaine série, ca te dit d'échanger nos motos ?"
"Gasp !" J'y crois pas, je vais poser mes fesses sur une vraie motos de course ! Kali me briefe : "rien de spécial pour les pneus, tu ne verras de toutes façons pas la limite des slicks, gaffe au régime moteur, ne dépasse pas 9000 car je veux faire la saison avec. Si tu peux, essaie de monter les vitesses à la volée, ça passe bien, c'est plus efficace et ça économise l'embrayage." J'acquiesce, pas fier, puis me lance. Je trouve tout de suite l'avant plus stable encore que celui de ma 916 stock, c'est dingue, il est scotché à la piste et ne bouge pas, on le croit directement relié au cerveau. Le moteur est assez creux en bas et semble tourner pas trop rond en dessous de 5000, ça me gêne un peu dans le sinueux. Par contre, de 6000 à 9000, le moteur explose de puissance et tracte la moto avec une accélération terrible, comme en plus Kali a une démultiplication très courte ça modifie tous mes repères de changement de vitesses. Mais quel plaisir de dévaler la ligne droite sur cette machine ! Après quelques tours je rentre au stand, Kali aussi un peu plus tard : il a trouvé ma moto au point, le moteur bien vivant. Tant mieux, j'avais vraiment essayé de soigner le rôdage pour profiter au maximum maintenant. Par contre il juge, comme Sam d'ailleurs qui l'au aussi essayé, que l'avant trop souple pour le circuit. Eh, faut pas oublier que je fais de la route et même de la ville en 916 moi, je ne suis pas un vrai pilote !
Samedi, 13 h : Arno agite le drapeau rouge, c'est la fin de la matinée : tout le monde rentre aux stands, on papote, personne n'a envie de repartir. Il le faudra bien pourtant, mais ce sera dur. On remonte la pression des pneus pour la route, on dit au revoir aux premiers qui reprennent la route, ce sont ceux qui ont le plus long chemin à faire : je pense à Sam, il va trouver le temps bien long dans sa petite 106 ….
Samedi, 14 h 30 : un dernier carré va boire un pot chez Jean-Yves, dans son joli prieuré adossé à l'église d'un petit village voisin. Il a presque l'air aussi heureux de nous avoir permis de tourner sur le circuit des Bardinon que nous le sommes de l'avoir fait, c'est vraiment un type à connaître.
Samedi, 15 h 30 : Jihem et moi prenons la route de Lyon : on traverse la chaîne des Puys juste avant Clermont, puis les monts du Forez : on vous conseille la N89 entre Thiers et Feurs, ce ne sont que des virages !
Samedi, 19 h 30 : Arrivée à la maison, on range la Superlight et la 916 au garage avant d'aller prendre une bonne douche puis restau au cours duquel on refait notre petit monde ….
Merci aux "vrais pilotes" qui ont facilité de leurs précieux conseils de pilotage mais aussi techniques l'apprentissages des bizuths du circuit.
Merci aux Bardinon de nous avoir permis de profiter de leur superbe circuit, et à Jean-Yves Labat de Rossi d'avoir joué le médiateur entre nos deux mondes.
Merci à tous pour votre bonne humeur et votre convivialité, et à bientôt !
Pierre