Au début de l’Internet commercial en Europe, il y a 5 ans, est soudain apparu le système de l’accès illimité payé par un abonnement, système importé des Etats-Unis. Dans ce pays, un forfait téléphonique local illimité ne permettait aux fournisseurs d'accès Internet pas de procéder autrement : l’accès à l’Internet nécessitait un abonnement supplémentaire.
En Europe, les connexions locales sont payantes au prorata de leur durée. Les fournisseurs d’accès Internet européens ont donc dû tenir compte de leur prix et proposer leur abonnement à un prix artificiellement bas. En France, les prix des abonnements grand public sont quasiment moitié moindres qu’aux USA, où le prix moyen est de 20 $ par mois, soit près de 130 F.
A cause de ces prix irréalistes, les pertes cumulées des principaux vendeurs d’abonnement Internet français dépassent 2 milliards de francs. Cela serait supportable s’il y avait en contrepartie une certitude d’arriver à terme à un équilibre financier. Or si les sources de revenus pour les vendeurs d’accès Internet existent, elles sont insuffisantes. Même si la publicité en ligne se développe, même si le commerce électronique progresse, ces revenus ne représentaient en 1998 pour les fournisseurs d’accès que 50 millions de francs !
Nouvelle péripétie du marché de l'Internet en Europe, des accès "gratuits", c'est à dire sans abonnement et au prix d'une communication téléphonique locale. Au-delà des questions légitimes sur la pérennité de tels système, il semble se confirmer que finalement, en Europe, l'accès Internet pour le grand public sera vendu à la durée. A différents prix correspondront différents niveaux de service : le prix de la communication locale pour un service "de base", des prix supérieurs pour un service plus étoffé et une meilleure qualité de connexion.
Il a fallu plusieurs années de pertes pour que les dirigeants du groupe Disney admettent que le marché européen nécessitait une adaptation de leur modèle de parc d'attraction. Depuis que ces évolutions ont été menées, par un dirigeant français, la situation d’Eurodisney se redresse. Les acteurs européens de l'Internet, qui ont copié sans imagination les méthodes américaines, auraient bien fait de s’inspirer de cet exemple !
Pierre COL
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