Un article publié le 5 juillet par le San José Mercury News * est passé inaperçu en Europe, et c’est fort dommage. Car le constat qu’il établit n’ est guère réjouissant : la majorité des sites web américains voient leurs revenus publicitaires décroître fortement à cause d’un double phénomène : l’ explosion du web multiplie les espaces publicitaires disponibles, et donc leur prix baisse. Comme par ailleurs l’efficacité de cette publicité diminue et que le fameux « taux de clic » est en chute libre, les annonceurs font des coupes sombres dans leurs budgets. Il se pourrait bien que, loin d’ exploser en 1999 comme le prédisaient la plupart des études, le marché de l’ «e-pub» n’atteigne son sommet en 1998 avant de s’effondrer.
Ceci amène à s’interroger sur l’évolution de l’Internet commercial francophone et les sources possibles de revenus pour les éditeurs électroniques. Une simple projection à partir de données démographiques est à cet égard édifiante : les services en lignes, «sites portails» et autres «sites d’audience» francophones s’adressent à une population limitée aux Français, Belges, Suisses, Luxembourgeois et Québécois car malheureusement les africains francophones sont encore trop peu nombreux sur le réseau. Cette population globale ne dépasse pas 80 millions de personnes, et est moins bien équipée et connectée que la population nord-américaine et anglaise. En supposant que chacun des 3 millions d'accédants francophones au Net voie 4 bandeaux de pub par jour cela représente un total de 12 millions de bandeaux vus sur le web francophone soit, au prix de vente actuel de 250 F les 1000, un chiffre d’affaires annuel de 1 milliard de Francs. C’est très peu, et en tout cas moins du tiers du chiffre d’affaires des éditeurs du Minitel qui se monte à 3,4 milliards de F
La conclusion est simple : la publicité ne pourra à elle seule financer la production de contenus francophones, elle constituera tout au plus un revenu d’appoint. L’essentiel du business de l’édition électronique sera issu de la vente directe des informations et des programmes interactifs au consommateur. Pour cela, une solution très simple existe aujourd’hui en France : Le Kiosque Micro, évolution naturelle du système qui a fait ses preuves avec le Minitel. Inventé chez nous, le kiosque télématique est désormais ré-inventé dans de nombreux pays. Qui s’en plaindra ?
* Voir l'article original ici.
Pierre COL
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